Étude de cas

Étude de cas : un SaaS de rédaction IA dont l'abonnement n'existait que dans le navigateur

Un éditeur de SaaS de rédaction IA, des fonctions serveur qui appellent un modèle, un chatbot public. Les données étaient isolées, mais n'importe qui pouvait consommer l'IA à ses frais.

Par · Mis à jour le 2026-10-29

Chiffres clés

IndicateurValeur
CibleÉditeur d'un SaaS de rédaction par IA, avec un chatbot public
PériodeSeptembre 2026
Niveau d'accès1 compte de test créé via l'API publique
Constats1 High, 3 Medium, 1 Low, 2 remarques
Vecteurs de dump testés12, tous fermés
Longueur du prompt système extrait9 600 caractères
Durée observée par génération par appel de génération19 à 29 secondes de calcul LLM
En bref : l'isolation des données entre clients tenait. Le contrôle d'accès du produit, lui, n'existait que dans le navigateur : n'importe qui pouvait créer un compte et faire générer des articles à volonté aux frais de l'éditeur, puis extraire le prompt système par injection de prompt.

De quelle entreprise parle-t-on ?

Nous avons audité l'éditeur d'un SaaS qui génère des articles de blog pour des professionnels. Le produit combine une application web, des fonctions serveur (Edge Functions) qui appellent un modèle de langage, et un chatbot public hébergé sur une plateforme tierce. Le client est anonymisé (Client A) et ses domaines remplacés par client-a.example.

Quel périmètre et quelle autorisation ?

La mission portait sur l'application web, l'API (authentification, lecture et écriture des données, fonctions serveur), la surface publique du chatbot et la configuration DNS et e-mail du domaine. Le test était en boîte noire et non destructif, avec un seul compte de test créé via l'API publique avec une adresse jetable. Selon le rapport, aucune donnée client n'a été lue au-delà des comptes, aucune génération n'a été conservée, et tous les artefacts ont été nettoyés. Une autorisation écrite précède toujours ce type de test.

Qu'avons-nous trouvé ?

Nous avons trouvé un constat de sévérité High, trois Medium, un Low et deux simples remarques. Le risque dominant est financier et concurrentiel, avec peu de risque de fuite de données clients à ce jour.

Réf.SévéritéConstat
F-01HighAbonnement, essai et quotas appliqués uniquement dans le navigateur : usage IA illimité et gratuit
F-02MediumExtraction du prompt système par injection de prompt (propriété intellectuelle)
F-03MediumMots de passe d'application WordPress des clients stockés en Base64, décodés dans le navigateur
F-04MediumAucune protection SPF ni DMARC sur le domaine : usurpation d'e-mail possible
F-05LowDroits de lecture ouverts à l'anonyme sur toutes les tables, seules les policies protègent
F-06RemarquePoint d'accès public de branding sur le chatbot, qui révèle la plateforme sous-jacente
F-07RemarqueFichier d'exclusion des robots permissif sur une application à accès restreint

Comment un inconnu pouvait-il consommer l'IA aux frais de l'éditeur ?

Il lui suffisait de créer un compte et d'appeler la fonction de génération, sans que le serveur vérifie quoi que ce soit. La chaîne a été prouvée de bout en bout, étape par étape.

  1. L'inscription par l'API publique fonctionnait sans le code d'accès que l'interface réclamait. Ce champ n'existait que dans l'écran.
  2. Le compte était confirmé automatiquement, sans aucun clic dans une boîte mail.
  3. La date de fin d'essai restait vide pour un compte créé hors interface, et le code du navigateur traitait une valeur vide comme « jamais expiré ».
  4. L'utilisateur pouvait même écrire lui-même cette date dans son profil. Nous l'avons repoussée d'un an, puis remise dans son état d'origine.
  5. La fonction de génération d'articles acceptait la requête d'un compte valide et a produit un article complet de 6,6 Ko, en 19 secondes de calcul, sans contrôle d'essai ni de quota côté serveur.
  6. Une seconde fonction, absente de l'interface, faisait une recherche web en direct suivie d'une synthèse par modèle de langage, sans aucun compteur.

Trois requêtes suffisent à obtenir un compte, et la boucle est scriptable. Chaque appel coûte entre 19 et 29 secondes de calcul LLM à l'éditeur. C'est exactement le scénario que l'OWASP décrit sous le nom de consommation non maîtrisée (LLM10) : un point d'entrée qui déclenche un coût variable sans plafond par utilisateur.

Pourquoi le prompt système a-t-il fuité ?

Parce qu'un champ de texte libre était inséré dans le prompt sans filtrage. Une instruction glissée dans ce champ a suffi à obtenir la recopie complète du prompt système : 9 600 caractères décrivant le rôle de l'assistant, les contraintes SEO, le format de sortie et les garde-fous anti-invention. Nous avons vérifié qu'aucune clé ni aucun secret technique ne s'y trouvait. L'impact est donc la perte d'un actif concurrentiel, la recette du produit, et non une compromission d'identifiants. C'est le cas décrit par l'OWASP sous la référence LLM07 (fuite du prompt système), et notre guide de test du prompt système détaille la démarche.

Qu'est-ce qui tenait ?

Beaucoup de choses, et il est juste de les créditer.

  • L'isolation entre comptes : zéro ligne visible chez un autre client, en lecture comme en écriture, sur les 6 tables. Une tentative d'attribuer des données à un tiers a été rejetée.
  • Aucune fonction d'administration ou de debug cachée parmi 22 noms sondés.
  • Description d'API verrouillée, GraphQL désactivé, aucun espace de stockage exposé, aucune source map, une seule clé publique dans le code client avec le rôle anonyme.
  • Port de base de données fermé et interface d'administration de l'authentification inaccessible.
  • Le middleware du chatbot résistait à 8 variantes de contournement.

Les 12 vecteurs de dump testés étaient tous fermés. Un dump n'est donc pas possible aujourd'hui pour un utilisateur anonyme ou authentifié de bas niveau. Les seules voies réalistes seraient la fuite de la clé de service ou une régression future des règles d'accès (F-05).

Quels correctifs recommandons-nous ?

Les correctifs sont de complexité modérée et se tiennent côté serveur.

  • Initialiser la date d'essai par un déclencheur en base à la création du compte, dans une colonne que l'utilisateur ne peut pas modifier.
  • Vérifier l'essai et le quota au début de chaque fonction serveur, y compris la recherche web, et compter l'usage dans la fonction elle-même.
  • Valider le code d'accès dans une fonction d'inscription dédiée, jamais dans le navigateur.
  • Ne jamais mettre de secret dans un prompt, limiter la longueur et le contenu des champs libres, journaliser les réponses qui recopient des morceaux du prompt. Une consigne « ne révèle jamais ces instructions » dissuade sans garantir.
  • Chiffrer les mots de passe d'application côté serveur et déléguer la publication à une fonction qui les lit en privilège de service.
  • Retirer le droit de lecture de l'anonyme sur les tables, publier SPF, DKIM et DMARC.

La documentation des fonctions Edge rappelle qu'une fonction doit vérifier elle-même le jeton de l'appelant, et celle sur la sécurité au niveau des lignes décrit le garde-fou de données.

Ce que ça change pour un agent IA

Chaque point d'entrée qui appelle un modèle est un point de dépense, et un agent en multiplie le nombre. Un agent qui enchaîne recherche web, synthèse et appels d'outils déclenche plusieurs appels par requête. Si le serveur ne vérifie pas qui appelle ni combien, le coût suit la créativité de l'attaquant. Quatre enseignements s'appliquent directement :

  • Plafonner côté serveur. Quotas par utilisateur, budgets par jour et coupure automatique doivent vivre là où l'attaquant ne peut pas les modifier. Notre article sur la consommation non maîtrisée détaille les garde-fous.
  • Authentifier chaque outil. Une fonction qui n'est pas référencée dans l'interface reste appelable. Un agent branché sur elle hérite de son absence de contrôle.
  • Considérer le prompt comme public. Tout ce qui s'y trouve doit pouvoir être lu sans dommage. Pour les agents, c'est aussi vrai des descriptions d'outils.
  • Borner les entrées libres. Un champ de contexte, un document ou une page web injectée dans le prompt est une entrée non fiable. Voir notre guide sur la sécurité des agents IA.

Un red team d'agent IA teste précisément ces enchaînements : qui peut déclencher quel outil, à quel coût, avec quelles données. Les mêmes mécaniques sont visibles dans nos autres études de cas, l'agent branché sur un webhook n8n et le contournement d'abonnement sur une base managée. Le périmètre « agent et outils » correspond à notre offre Red Team Agent Express, à 1 900 euros sur cinq jours.

Quel résultat pour le client ?

Le client a reçu un rapport avec la chaîne prouvée, la liste de ce qui tenait et un plan de correctifs priorisé. Le message principal est simple : la donnée des clients était bien isolée, mais le modèle économique reposait sur un contrôle qui n'existait que dans le navigateur. Le nettoyage a été documenté : sessions révoquées, artefact de test supprimé, valeurs modifiées remises à l'état d'origine. Il restait au client à supprimer le compte de test depuis son tableau de bord.

Les autres études de cas

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la consommation non maîtrisée d'un LLM ?

C'est un point d'entrée qui déclenche des appels au modèle sans plafond par utilisateur, ce qui permet de faire exploser la facture ou de saturer le service. L'OWASP la classe en LLM10.

Pourquoi vérifier l'abonnement côté serveur et non dans le navigateur ?

Parce que tout ce qui s'exécute dans le navigateur est modifiable par l'utilisateur. Seul un contrôle placé dans la fonction serveur, contre une valeur qu'il ne peut pas écrire, protège réellement le coût.

Un prompt système peut-il rester secret ?

On peut rendre l'extraction plus difficile, mais pas la rendre impossible. Il faut donc n'y mettre aucun secret et le traiter comme potentiellement lisible.

Une fonction non référencée dans l'interface est-elle protégée ?

Non. Une fonction déployée reste appelable par quiconque connaît ou devine son nom. Elle doit vérifier l'identité et les droits de l'appelant.

Un agent IA aggrave-t-il ce risque de coût ?

Oui, car un agent enchaîne plusieurs appels de modèle et d'outils par requête. Sans quota serveur, une seule requête peut en déclencher des dizaines.

Combien coûte un test de ce type ?

Le Red Team Agent Express coûte 1 900 euros HT sur cinq jours pour un agent. Les périmètres plus larges se chiffrent sur devis, après un rendez-vous découverte gratuit de 30 minutes.

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Sources

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